Jodorowsky’s Dune

Dans les années 60, en terme de cinéma de SF, il n’y avait que 2001. Et des séries B. Pourtant, Jodorowsky, un réalisateur évoluant entre surréalisme et mysticisme, s’attaque à l’oeuvre de Franck Herbert : Dune. Il ne connait pas le roman, mais dans sa folie créatrice, va regrouper autour de lui une troupe de génies sur le déclin (Orson Welles), au sommet de leur gloire (Pink Floyd, Mike Jagger, Moebius) ou en cours d’éclosion (Giger, qui ne doit pas souvent bien dormir). Cette capacité à regrouper les talents, et cette volonté fascinante de réaliser un film « qui allait révolutionner le cinéma » vont rendre les prémices de ce projet d’une qualité rare. C’est cette genèse que ce documentaire s’atele à rouvrir, interviewant les principaux artistes de ce story-board génial.
En découvrant les ébauches de dessins, dialogues, musiques, on semble rentrer dans cette transe si particulière que Jodorowsky voulait reproduire : cette volonté d’atteindre l’effet du LSD uniquement via l’image et le son. Mais plus qu’une simple expérimentation, le Dune de Jodorowsky est ici finalisé sur le papier. Chaque plan de camera y est indiqué, chaque rôle semble attribué, etc. Alors si le documentaire s’échine à nous expliquer que tous les obstacles étaient levés pour produire là un film qui allait changer la face du monde, il n’oublie pas de rappeler qu’il était surtout trop en avance sur son temps. Comment, près de 10 ans avant Star Wars, aurait on pu produire certains effets spéciaux tellement plus ambitieux que ceux de l’épisode 4 ?
En 1h25, ce documentaire nous fait formidablement voyager. Dans un monde où Dali joue l’empereur, où Orson Welles lévite, où les Harkonnens sont designés par Gigger (Alien), et où Pink Floyd nous fait fondre le cerveau à force de Circonvolutions sonores. Dans un film où les dessins de Moebius prennent forme pour nous présenter des scènes finalisées, où chaque plan s’anime et chaque dialogue s’enchaîne.

Un commentaire à propos de “Jodorowsky’s Dune

  1. Ce qui est aussi à noter, parmi les nombreuses influences que ce film avorté a finalement laissé, c’est que son naufrage a laissé le scénariste Dan O’Bannon sans argent et SDF. Ne dépendant que de ses amis pour survivre, il a profiter de sa dépression et de son ulcère au ventre pour écrire le scénario d’Alien, que son ami de galère, Giger, présent sur le projet Dune, mettra en image.

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